Où manger, boire et dormir à Roquebrune-Cap-Martin — Le guide SOF

Guides

Où manger, boire et dormir à Roquebrune-Cap-Martin — Le guide SOF

La plupart des gens découvrent Roquebrune-Cap-Martin à soixante à l'heure, depuis la Moyenne Corniche, dans le virage où Monaco surgit d'un coup dans le pare-brise. C'est la carte postale, et elle n'a pas tort. Mais la commune, ce sont deux lieux empilés l'un sur l'autre, et la vue est ce qu'ils ont de moins intéressant. En haut, un village du Xe siècle bâti autour de l'un des plus vieux donjons de France, un lacis de ruelles voutées qui sentent la pierre et le romarin. En bas, un cap boisé — le cap Martin — où les pins descendent jusqu'au rocher et où un sentier suit le trait de côte jusqu'à la frontière monégasque. Entre les deux, le dernier morceau de littoral français avant l'Italie. On vient pour le panorama. On reste parce que l'endroit garde ses propres horaires.

Les deux Roquebrune

Vous passerez votre temps dans l'un de deux registres, et tout l'art consiste à ne pas les confondre. Le village médiéval, c'est le haut : sans voitures, vertical, accessible par une courte montée depuis l'avenue Raymond Poincaré. Ici les rues sont souvent des escaliers, et la Rue du Château file derrière le donjon vers un balcon qui cadre la Principauté en contrebas comme une maquette de train électrique. Le bord de mer — Carnolès et le cap Martin — c'est le plat : la promenade, les pins parasols, et ces villas bourgeoises que la Riviera construisait quand la discrétion était encore l'essentiel. Carnolès a la gare et les commerces du quotidien ; le cap Martin a les criques. Le village, c'est pour le déjeuner et le crépuscule. Le cap, c'est pour le matin et l'eau. Choisissez la journée que vous voulez avant de vous garer.

La promenade qui explique tout

Si vous ne faites qu'une chose ici, marchez le sentier du littoral — le chemin côtier qui contourne le cap et continue vers Monaco. Il porte aussi le nom de promenade Le Corbusier, et ce n'est pas un argument marketing. L'architecte y gardait un cabanon, une pièce unique en bois de la taille d'une grande salle de bains, et il s'est noyé dans la mer juste en dessous, en 1965. Le sentier passe à l'endroit exact. Il longe aussi la villa E-1027 d'Eileen Gray, la maison moderniste qui reste le vrai pèlerinage de quiconque s'intéresse au design du XXe siècle ; les visites se font sur réservation en saison et partent vite, alors anticipez si cela compte pour vous. Rien d'éprouvant — une heure et demie au pas de promenade, à l'ombre des pins d'Alep, l'eau virant à ce bleu d'encre et de verre contre la roche blanche. Partez tôt. À midi en juillet, les bons bancs sont pris et la lumière s'aplatit.

Une journée, façon SOF

Commencez par la côte, tant qu'il fait frais. Depuis le cap, montez au village en fin de matinée et prenez le premier café au Grimaldi Café, minuscule terrasse de café-glacier sur l'axe de la Rue du Château, avec un balcon suspendu juste au-dessus de Monaco — la vue la plus nette qu'on puisse avoir de la Principauté depuis une tasse. Dix heures, un espresso, et le port est assez petit pour qu'on lise chaque yacht. Laissez ensuite le village faire son œuvre, lentement. La seule boutique qui vaut le détour est la Céramique Rabatti, un atelier de céramique tournée à la main sur la Rue du Château où les pièces sont cuites sur place ; venez en fin d'après-midi du mardi au samedi, la boutique s'ouvre sur l'atelier et l'on voit le potier au tour. C'est la rare trouvaille d'artisan honnête — le bon genre de souvenir, des animaux, des santons, des bols, rien de la pacotille d'aéroport.

Le déjeuner est le grand moment du village, et il se joue place des Deux Frères, la terrasse-belvédère où le rocher plonge vers la mer. L'Hôtel-Restaurant Les Deux Frères en est l'ancre : une cuisine franco-méditerranéenne raffinée sur une terrasse qui regarde droit vers Monaco et l'eau en contrebas. Réservez pour treize heures et le soleil balaie la Principauté pendant tout le service. Tenue décontractée-chic le midi, veste de rigueur le soir ; réservez une semaine à l'avance en saison, et sachez que c'est fermé le mercredi. Sur la même place, La Grotte et L'Olivier joue le voisin plus détendu — même vue, ton plus bas, le genre d'adresse où l'on échoue quand Les Deux Frères affiche complet.

L'après-midi, redescendez vers la mer pour la glace. Gla'ss Gelateria, côté Carnolès près de la promenade, est un comptoir de facture italienne qui mène des collaborations locales — demandez le parfum fougasse mentonnaise, eau de fleur d'oranger et citron de Menton, le terroir agrumes de la Riviera plié dans un cornet. C'est le pendant balnéaire du Grimaldi : une vue par boule d'un côté, une par espresso de l'autre.

Le soir venu, et la question du couchage

Les soirées de Roquebrune sont tranquilles par choix, et c'est tout son luxe. Pour l'apéritif, il existe exactement une adresse qui transforme la géographie en théâtre : le Sunset Lounge du Maybourne Riviera, l'hôtel accroché à la Grande Corniche au-dessus du village. La terrasse est taillée à même la falaise, Monaco se tient juste sous la rambarde, et un negroni à dix-neuf heures trente pendant que le littoral s'allume reste le verre le plus vertical de la côte. Bar en accès libre, voiturier pour la voiture, tenue resort-chic. Le Maybourne est aussi la réponse à la question du couchage si le budget le permet — c'est l'hôtel sérieux de la commune, et en saison (de juin à octobre environ) sa crique privée du cap Martin devient La Môme Riviera, le beach club tenu par le groupe cannois : crudo, linguine aux gamberoni, bouillabaisse au diner, une crique ombragée qui garde sa fraicheur jusque dans l'après-midi. Plus bas, à l'entrée du village avenue Raymond Poincaré, Le Rooftop by La Roquebrunoise offre un perchoir plus terre-à-terre pour un verre avec vue — utile quand on veut le panorama sans la route de la Corniche.

Roquebrune demande très peu. Marchez le cap, montez au village, prenez le déjeuner lentement au-dessus de Monaco, et laissez la dernière lumière du soir faire le reste, avant l'Italie.

La sélection SOF