Où manger, boire et dormir à La Turbie — Le guide SOF

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Où manger, boire et dormir à La Turbie — Le guide SOF

Monaco est quatre cents mètres plus bas, et on le voit tout entier — le port, les tours, les hélicoptères qui cousent le ciel au-dessus de Fontvieille. La Turbie est le village qui regarde. Il est posé sur la Grande Corniche, là où les Romains ont tracé la Via Julia Augusta, et pendant la plus grande partie de son histoire son rôle fut de surveiller la côte et de rapporter ce qu'il voyait. Il le fait encore. La principauté est une ville de verre et de bruit ; La Turbie, à quinze minutes et quatre cents mètres au-dessus, est une ville de pierre et de silence, et tout l'intérêt tient dans l'écart entre les deux. On monte pour le monument et pour la vue. On reste parce que le village vit à un tempo que Monaco a perdu il y a un siècle.

Le monument est la raison, mais pas la seule

Le Trophée d'Auguste — le Tropaeum Alpium — est ce qui met La Turbie sur la carte. Auguste l'a élevé vers l'an 6 av. J.-C. pour marquer la soumission des tribus alpines : un monument de victoire en calcaire blanc, cinquante mètres au-dessus des toits, gravé du nom des peuples vaincus. Il fut exploité comme carrière au Moyen Âge, à demi démoli, puis à demi restauré au siècle dernier, ce qui explique qu'il se lise à la fois comme ruine et comme reconstruction. La terrasse en contrebas offre la vue la plus nette qui soit sur Monaco — pas depuis un rooftop d'hôtel, pas à travers une grille, mais depuis une ruine romaine, ce qui ramène toute la côte au rang de note de bas de page d'une histoire plus ancienne.

Venez à dix-huit heures. Le calcaire capte la dernière lumière et prend la couleur de l'ivoire ancien, et le village se vide des cars de l'après-midi. Le site ferme à 17h en hiver, 18h30 en été : la fenêtre de l'heure dorée est donc un privilège estival, organisez-vous en conséquence. Garez-vous au parking gratuit du village, à deux minutes ; chaussez ce en quoi vous avez confiance sur la pierre inégale. En repartant, la Boutique du Trophée d'Auguste — la boutique du Centre des monuments nationaux, avenue Albert 1er — est le seul poste de souvenir crédible du village. Oubliez les aimants. Achetez la monographie des Éditions du Patrimoine consacrée au Trophée ; le tirage est modeste et rarement réimprimé entre deux expositions. La boutique ferme quinze minutes avant le monument : faites-le avant de redescendre, pas après.

Une journée, façon SOF

Commencez par le pain. Ma Première Boulangerie, avenue de la Victoire, est la vraie boulangerie du village — ouverte en 2019 par Pierre Briand, Compagnon du Devoir, qui cuit ses pains au feu de bois sur des farines bio. Un pain au levain à neuf heures et demie, mangé sur le banc devant la boutique au moment où il accroche le premier soleil, est la bonne manière de débuter. C'est aussi, pragmatiquement, la boulangerie où l'on prend la baguette à monter jusqu'au Trophée. Le village n'a pas de seconde adresse, et il n'en a pas besoin.

La fin de matinée appartient au vieux village : les ruelles derrière l'église, l'arche romane, la façon dont les maisons s'appuient au rocher. À midi, vous voudrez le Café de la Fontaine, avenue du Général de Gaulle. Connaissez son histoire récente avant d'y aller, car le web n'a pas suivi : ce fut des années durant la salle décontractée de Bruno Cirino, mais il l'a vendue à l'été 2024, et elle a rouvert le 27 septembre de la même année sous la conduite des chefs Michaël Abihssira et Sasha Dorfmann. Le registre est celui d'un bistrot de marché ; la cave descendrait profond en Bourgogne. L'adresse figure toujours au Guide Michelin, sans étoile. Un déjeuner en semaine est le bon choix tant que la nouvelle cuisine trouve sa main — les cartes de l'automne 2024 cherchent encore leur forme définitive, et c'est précisément ce moment-là qu'il est intéressant de goûter, pas le moment prudent.

L'après-midi est au monument. Le soir revient à la place.

Quand la lumière tombe

La vie sociale de La Turbie tient sur une seule place, qui porte deux noms — place Neuve pour les uns, place Théodore de Banville pour les cartes. La Brasserie Pampérigouste en est l'ancre : une terrasse face à la baie qui sert le café toute la journée, bascule sur les pizzas et les planches de charcuterie au déjeuner, et devient le poste d'apéro quand le soleil descend. La terrasse de dix-huit heures, au moment où les lumières de Monaco s'allument quatre cents mètres plus bas, est la meilleure place gratuite du village. La vue est le sujet ; commandez en conséquence, et restez.

Quelques portes plus loin, La Cave Turbiasque, place Théodore de Banville, est l'alternative bar à vin — une cave à vins doublée d'une courte carte méditerranéenne qui fait aussi dîner léger. C'est le second registre du déjeuner derrière la Fontaine, et un apéro plus calme que la terrasse de la brasserie. Notez les jours : fermé le lundi en juillet-août, le mercredi de septembre à juin. Un déjeuner du mardi est le créneau d'initié — la cuisine est sans hâte et la cave prête plus d'attention à ce qui s'ouvre au verre.

Ce qu'il faut savoir

La Turbie est une commune d'environ 3 200 habitants, pas une station, et elle se comporte comme telle. Deux restaurants, un bar à vin, une boulangerie, un café-brasserie — voilà le village, et cette brièveté est une qualité. Rien n'y ferme tard selon les normes de la Riviera ; rien n'y est conçu pour la foule. Montez en voiture plutôt que de compter sur les bus, qui se raréfient le soir, précisément quand le village est à son meilleur. La même Grande Corniche qui vous a amené file vers Èze et Nice : La Turbie s'insère donc naturellement dans une journée de corniche — mais elle récompense ceux qui la traitent en destination plutôt qu'en belvédère, qui se garent, arpentent les ruelles, dînent sur la place, et laissent le bruit de la principauté là où il doit rester, loin en contrebas et un peu au-dessous d'eux.

Monaco se donne en spectacle. La Turbie regarde. Après une journée là-haut, on comprend lequel des deux est le plus difficile à quitter.

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