Où manger, boire et dormir à Èze — Le guide SOF

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Où manger, boire et dormir à Èze — Le guide SOF

La plupart des gens ne croisent Èze que quatre-vingt-dix secondes, par la vitre d'un autocar sur la Moyenne Corniche, et la rangent dans un coin de la mémoire comme le joli village de pierre accroché à la falaise. C'est la carte postale, et la carte postale n'a pas tort. Mais elle passe à côté de ce qui justifie une journée plutôt qu'un arrêt photo : Èze se déploie à la verticale, sur un éperon rocheux à 427 mètres au-dessus de la Méditerranée, de sorte que tout ici se joue entre le ciel et la mer, et l'on passe la visite entière à monter vers l'un ou à descendre vers l'autre. Le village est un lacis de ruelles médiévales sans voitures, sans lignes droites, couronné au sommet par les ruines d'un château du XIVe siècle. En contrebas, par le train ou à pied, se tient un second Èze que la plupart ne voient jamais — Èze-sur-Mer, le hameau côtier et son sable. Deux Èze, une commune, un demi-kilomètre de falaise entre les deux.

Les deux Èze

Saisissez d'abord cette géographie et le reste du village s'éclaire. Èze-Village, c'est la citadelle sur le rocher : le dédale de pierre perché, les hôtels palaces, les maisons de parfum, la vue qui court du Cap-Ferrat au Cap-Martin. Assez petit pour le traverser en un quart d'heure, assez raide pour ne pas en avoir envie. Èze-sur-Mer, c'est la bande de littoral tout en bas — une halte ferroviaire, quelques maisons, un seul club de plage. Le haut n'a pas de sable et ne prétend pas en avoir ; le bord de mer n'a pas le charme médiéval et n'essaie pas. Ce qui les relie, c'est le Sentier Frédéric Nietzsche, le chemin de chèvres que le philosophe aurait emprunté en composant une partie d'Ainsi parlait Zarathoustra. Il grimpe du rivage au village en quatre-vingt-dix minutes environ — pins, garrigue, lacets, et la mer qui s'efface derrière vous. Montez-le à la fraîche, le matin ; ne le tentez pas à midi en août, et pas dans les sandales prévues pour la plage.

Un village qui se gravit

Le plaisir d'Èze-Village, c'est qu'il vous résiste. Pas de boulevard, pas de circuit évident — seulement le Jardin Exotique d'Èze, le jardin de cactus planté sur les ruines du château, tout en haut, qui est à la fois la destination et la raison de monter. Les succulentes sont improbables ; le panorama est l'essentiel. Depuis la terrasse du sommet, la côte se déploie dans les deux sens, et par temps clair on aperçoit la Corse. Visez la fin de matinée, avant les cars, ou la dernière heure avant la fermeture, quand la lumière s'allonge et que la foule est redescendue dîner. Entre le pied du village et le jardin, les ruelles font le reste — seuils d'artisans, passages voûtés, une galerie de loin en loin — et l'on est censé s'y perdre un peu. C'est voulu.

La cité du parfum

Èze est, discrètement, un village de parfum, et c'est là le souvenir qui mérite de rentrer avec vous. Fragonard tient une usine et une boutique — l'Usine Laboratoire — au pied du village, avec des visites guidées gratuites qui retracent la fabrication d'un parfum, de la matière première au flacon. C'est la version généreuse et sans douleur du métier, et elle fait de Fragonard le rapporté canonique d'Èze. Pour le registre des mains dans la matière, Galimard tient son Studio des Fragrances place Charles de Gaulle, où la maison — née à Grasse, avec des racines qui remontent à 1747 — propose des ateliers pour composer et embouteiller son propre parfum sous l'œil d'un nez. Fragonard pour la visite et le flacon tout prêt ; Galimard pour l'après-midi passé à créer le sien. Deux maisons, deux traditions, toutes deux fidèles au lieu.

Le déjeuner suspendu au-dessus de la mer

C'est ici qu'Èze devient sérieux. Le village abrite deux palaces cinq étoiles sur des flancs opposés du rocher, et entre eux trois des salles à manger les plus vertigineuses de la côte. Le Château de la Chèvre d'Or est le plus célèbre — l'hôtel de falaise dont les terrasses semblent suspendues dans le vide, qui abrite La Chèvre d'Or, deux étoiles Michelin. Pour quelque chose d'un peu moins cérémonieux mais le même à-pic impossible, Les Remparts, le restaurant-terrasse de la Chèvre d'Or rue du Barri, pose le déjeuner au bord de la falaise, le Cap-Ferrat étalé en contrebas. De l'autre côté du village, le Château Eza tient le flanc est — un pendant cinq étoiles avec sa propre table étoilée et une terrasse réputée minuscule où la mer occupe tout le cadre. Réservez longtemps à l'avance, demandez une table contre la rambarde, et arrivez vers treize heures pour la version longue. Au pied des ruines du castel, Le Nid d'Aigle est l'adresse plus douce — murs de pierre, l'ombre d'un vieux mûrier, la même vue sans les nappes blanches — et le bon endroit pour un café avant la montée ou une assiette à midi.

Ce qu'il faut savoir

Le village médiéval se couche tôt. Pas de vie nocturne sur le rocher au sens classique ; la seule heure tardive honnête d'Èze-Village est le bar-salon du Château Eza, ouvert jusque vers vingt-trois heures, les lumières de la mer restant allumées une fois les ruelles vidées. Pour une vraie soirée au bord de l'eau, on descend à l'Anjuna Plage, à Èze-sur-Mer, l'unique club de plage de la commune, qui comble le vide en saison. Faites les courses de la journée avant de partir : L'Atelier Gourmet, la boulangerie au pied du village boulevard du Maréchal Leclerc, c'est le kit pique-nique du sentier Nietzsche — sandwich, focaccia, viennoiserie — car la citadelle n'a pas de vraie sandwicherie. Et gardez Le Glacier, rue Plane, en réserve : l'unique glacier artisanal dans les murs, ouvert environ d'avril à novembre, et le cornet qu'il faut pour la descente.

Pour saisir le village à pleine échelle, offrez-lui la Grande Corniche à l'aller ou au retour — la route haute d'Èze vers La Turbie par la D2564, celle qu'a filmée Hitchcock, avec toute la côte qui plonge sous vos roues. Arrivez par là et Èze cesse d'être un arrêt. Il devient le village en équilibre entre ciel et mer, exactement tel qu'il apparaît depuis la route, et vous aurez mérité la vue depuis les deux bouts de la montée.

Un village qu'il faut gravir pour comprendre — montez-le lentement, et restez pour la lumière.

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